Il y a quelque chose de profondément ancré dans notre rapport collectif au conflit : on ne le voit pas venir, ou plutôt, on choisit de ne pas le voir. On minimise. On endure. On espère que ça va passer.
Et quand ça ne passe pas, quand la tension devient insupportable, quand les relations sont abîmées, quand les conséquences s’accumulent , on se retrouve à gérer une crise. Alors qu’on aurait pu simplement gérer une situation.
Ce n’est pas une question de mauvaise volonté. C’est une question de culture.
Le réflexe du silence et ce qu’il nous coûte
Dans la plupart des milieux familiaux, professionnels, communautaires, exprimer un désaccord c’est encore souvent perçu comme faire des vagues. On craint de passer pour quelqu’un de difficile. De blesser l’autre. De déstabiliser un équilibre fragile. Alors on se tait. On accumule. On attend.
Ce silence est compréhensible. Il est même parfois nécessaire, à court terme. Mais il a un coût que l’on sous-estime systématiquement.
Les conflits non exprimés ne disparaissent pas : ils se transforment. Ils deviennent des non-dits, des rancœurs, des ruptures de communication et finalement, des crises qui auraient pu être évitées.
Ce que les données confirment
Selon une évaluation du ministère de la Justice du Canada, entre 60 % et 80 % des difficultés qui surgissent dans une organisation découlent des relations entre les personnes, et non d’un manque de compétences ou de motivation.
Autrement dit : la majorité des problèmes organisationnels ont une origine relationnelle. Et donc, une solution relationnelle.
Pourtant, la réponse dominante reste réactive. On intervient après l’escalade, après le dépôt d’une plainte, après la rupture. On mobilise des ressources considérables pour réparer ce qui aurait pu être prévenu avec une fraction de cet investissement en amont.
Ce que d’autres cultures font différemment
Certains modèles, notamment dans les pays nordiques, accordent historiquement une plus grande place au dialogue social et aux mécanismes préventifs de gestion des différends. Dans plusieurs contextes, le conflit y est davantage perçu comme une réalité normale de la vie collective nécessitant des outils de communication et de régulation adaptés.
Au Québec, cette culture préventive existe également, mais elle demeure encore en développement dans plusieurs milieux. Le ministère du Travail offre depuis plusieurs années des services de médiation-conciliation et de prévention des différends en milieu de travail.
Plus largement, plusieurs recherches en médiation organisationnelle soulignent les effets positifs des approches préventives sur les relations de travail, la communication et le climat organisationnel.
Dans la vie civile, familiale et communautaire, les ressources existent. Le réflexe, lui, n’est pas encore toujours présent.
Ce que signifie vraiment « agir en amont »
Intervenir tôt dans un conflit c’est lui reconnaître assez d’importance pour lui accorder de l’attention avant qu’il prenne toute la place.
En pratique, cela peut vouloir dire :
- Nommer une tension dès qu’elle apparaît, plutôt que d’attendre qu’elle s’installe
- Chercher à comprendre la perspective de l’autre avant de défendre la sienne
- Consulter un professionnel du dialogue dès les premiers signes d’enlisement, pas en dernier recours, mais comme premier réflexe
La médiation, dans cette perspective, n’est pas un aveu d’échec. C’est un choix éclairé : celui de traiter un problème réel avec un outil adapté, dans un cadre sécuritaire et structuré.
Un changement de culture qui commence par un choix
Changer une culture collective, c’est long. Mais cela commence par des décisions individuelles, et par l’information.
Plus les gens comprennent qu’il existe des alternatives à l’escalade, des alternatives accessibles, efficaces, qui respectent toutes les parties, plus ils sont en mesure de les choisir. Le conflit fait partie de la vie. La manière dont on choisit de le gérer, elle, peut tout changer.
Onésence accompagne les familles, organisations et milieux professionnels dans la prévention et la résolution des conflits. Pour en savoir plus : onesence.ca